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Trilogue entre le Président, le Prisonnier et l’Écrivain

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Georges Nivat
Ecrivain
12.11.2009 | 09:46
Il se joue une étrange partie autour du prisonnier N° 1 de la Russie, Mikhaïl Khodorkovski, six ans de détention, envoyé dans un camp aux frontières de la Chine et de la Mongolie, mais actuellement en détention à Moscou du fait du second procès qui lui est intenté – le premier l’était pour délit fiscal, le second pour vol de pétrole...

Est-ce à lui que pensait le président Medvedev, lorsque le vendredi 30 octobre, dans son blog présidentiel, dont les principaux passages sont plus ou moins repris par la télévision, célébrant la « Journée du prisonnier politique », qui fut instaurée en tout début du régime de Eltsine, en 1991, il déclarait que la Russie ne devait jamais oublier ces victimes, et qu’aucune réalisation politique ou économique ne saurait justifier de pareils sacrifices humains. Déclaration audacieuse, dans un pays où le nom de Staline revient, où la station de métro "Kourskaïa", à Moscou , a été refaite avec les inscription à la gloire du guide des peuples qui l’ornaient autrefois (à titre de restauration historique).

Une émission de la radio indépendante Écho de Moscou était le soir même consacrée à ce blog du Président. Le journaliste en faisait un moment important, et peut-être un tournant, la reprise de la « déstalinisation ». Mais Écho de Moscou accompagne souvent ses émissions débats de questions auxquelles les auditeurs peuvent répondre en composant un numéro de téléphone pour les « oui », un autre pour les « non ». Cette enquête téléphonique  montrait que la majorité des auditeurs non seulement ne croyaient pas à la déstalinisation, mais croyaient à 87 pour cent à une « restalinisation ». En le regrettant ou en s’en félicitant. Quant à ceux qui prenaient leur téléphone pour intervenir dans l’émission, ils étaient nombreux pour dire qu’il fallait nuancer, comprendre « le contexte », bref que la « Journée du prisonnier politique » ne les émouvaient pas. Alors, que conclure ?  Le Président Medvedev veut-il éduquer la société russe d’aujourd’hui ? Va-t-il contre la société ? à sa façon discrète, un peu guindée.

Le 8 octobre, lors d’une rencontre avec une dizaine d’écrivains, le premier ministre Vladimir Poutine s’est vu poser une question intempestive par le journaliste, historien et essayiste Alexandre Arkhangelski. Son émission « Et cependant » est considérée par beaucoup d’intellectuels comme le dernier refuge du pluralisme à la télévision (c’est sur la chaîne « Kultura », évidemment pas la plus populaire, l’équivalent d’Arte). Comptez-vous libérer le prisonnier Khodorkovski ? La réponse fut : rien ne s’oppose à ce qu’il soit grâcié si lui-même en fait la demande. Mais le premier ministre ajouta une remarque sur le fait qu’il y avait des meurtres dans le second dossier, ce qui sonnait comme une vague menace.

Lioudmila Oulitskaya est un des écrivains les plus populaires d’aujourd’hui, ses œuvres tirent à plus d’un million au total. Un de ses derniers romans, Daniel Stein, interprète, comporte une composante religieuse étonnante (qui ne reflète pas son propre engagement). Elle ne fait pas mystère de son opposition, et prolonge la tradition de l’écrivain russe qui est plus qu’un écrivain : elle a fondé une association pour distribuer des livres aux orphelinats. La grande revue mensuelle Znamia vient de publier dans son numéro d’octobre la correspondance d’Oulitskaya avec le Prisonnier N° 1 de la Russie, Mikhaïl Khodorkovski.  Une correspondance qui va de l’été 2008 à l’été 2009. Oulitskaya commence sa correspondance avec le Prisonnier en se présentant : « J’ai ma propre histoire. Je n’aime pas les riches. J’ai un sentiment aigu de la justice sociale, j’ai honte pour les riches. » Autrement dit, rien ne la poussait à aimer l’oligarque Mikhaïl Khodorkovski, que Vladimir Poutine recevait dans son bureau encore peu de mois avant sa retentissante arrestation. Mais voilà, elle est « contre l’absurde et contre l’arbitraire », donc elle est pour Khodorkovski et son coinculpé Lebedev. L’échange de lettres se poursuit du 5 octobre 2008 au 8 juillet 2009. Soljénitsyne pensait que la prison délivrait l’homme, Chalamov qu’elle le détruisait, rappelle-t-elle. Qu’en est-il pour vous ? « Vous êtes un homme dont on parle sans fin, pour les uns un lutteur et un homme politique hardi, pour les autres un repoussoir. »  Le Prisonnier remercie l’écrivain qui s’intéresse à son sort. Il répond que la prison selon son expérience est une école d’anticulture, il ne partage donc pas le point de vue de Soljénitsyne, mais, ajoute-t-il, il arrive que des miracles se produisent : un homme brisé se décourbe, lui, le prisonnier, a vu, et  voit ce miracle au camp sibérien d’où il vient, et où il retournera sans doute. L’essentiel en prison, dit-il, est l’autodiscipline.  En fait ces deux expressions sont tout-à-fait soljenitsynienne…

L’écrivain s’étonne : nous vivons vraiment dans deux mondes différents. Essayons de nous connaître. Sur sa demande le Prisonnier raconte son enfance, il a compris que ses parents étaient des « chuchoteurs » cachant à l'enfant leur hostilité au régime soviétique. Lui a fait une carrière de komsomol, à œuvré pour le pays dans le cadre soviétique, puis il a défendu la Maison Blanche sous Eltsine, lors du putsch de 1991. Une confrérie d’oligarques ? Non, il nie qu’il y en ait eu une, nous étions tous différents.  C’est la reprise en main par le gouvernement de la chaîne privée « NTS » de télévision, en 2001  qui a été « son Rubicon ».
D’une lettre à l’autre les discordances apparaissent entre le Prisonnier qui a été directeur d’usine dans les années 1980, et l’intellectuelle qui était une amie de Natalie Gorbanevskaïa, et, sans entrer dans la dissidence, était en désaccord avec le régime. Entre l’entrepreneur qui a œuvré dans l’industrie de la défense (et avec le KGB)  et la pacifiste. Entre celui qui a aimé « le rocher » Eltsine et l’opposante au dévergondage économique des années 1990. Khodorkovski n’élude aucun sujet, par exemple il ne recourt pas à l’argument « tous enfreignaient la loi », simplement il n’y avait pas de lois dans beaucoup de domaines. « Je ne suis pas un révolutionnaire, et si l’on n’avait pas touché à NTS (la télé indépendante), je serais resté moins attentif aux autres événements. »
L’écrivaine voit dans la situation actuelle quelque chose de kafkaïen. Le Prisonnier pas tout à fait, il est un partisan de l’État fort. Toute l’historiographie russe se divise entre « populistes « et « étatistes ». Il est étatiste en politique,  et, s’il est pour la globalisation en économie, il pense néanmoins que la division du monde en territoire nationaux durera longtemps encore. Et que l’État en Russie devra jouer un rôle encore plus important dans les quarante années à venir. Simplement (et il l’a dit dans une lettre ouverte au président Medvedev), actuellement l’État ne joue mal son rôle. Les braillards qui parlent de la grande Russie seront les premiers à courir s’installer à New York. Lui ne le fera pas, il n’aime pas New York.

Mais l’État peut-il rester extérieur à la société, ne pas s’appuyer sur elle ? La réponse du prisonnier est Non ! « J’en suis convaincu : une forme d’organisation « extérieure » de la société, selon notre conception d’aujourd’hui, ce n’est pas un État au sens direct du mot. C’est un régime d’occupation, et il est inévitablement instable s’il n’a pas d’appui externe. » Mais attention, ce n’est pas le cas du pays om discutent le Prisonnier et l’écrivain : « Dans la Russie, aujourd’hui, il y a un État. Que cela nous plaise ou non ! »
Ainsi le Prisonnier est plus étatiste que l’écrivain en liberté. Pour lui le défaut de l’État actuel est son inefficience « son rôle, c’est-à-dire sa participation à la vie de citoyens est inadéquat et restreint »…

Ainsi la Russie a son Prisonnier, qui écrit du fond de sa geôle, entre deux comparutions au tribunal du quartier moscovite de Khamovniki, et défend paradoxalement un État fort pour la Russie (comme faisait l’anarchiste Bakounine du fond de sa casemate de la forteresse Pierre-et-Paul), son Président qui tente d’inverser le stalinisme rampant, son Écrivain libéral qui s’essaie à polémiquer avec le Prisonnier. Se rencontreront-ils un jour ? Une lézarde est-elle en train de se dessiner ?









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René Kuhn "Zurück zur Frau - Weg mit den Mannsweibern und Vogelscheuchen, ein Tabubruch", Luzern, 2009
10.03.2010
Dieses Buch ist kein Ratgeber aus der pseudo-psychologischen Ecke, sondern eine Streitschrift, welche die Geschlechterbeziehung aus Männersicht...

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