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Cette semaine le cinéma vous parle d’amour. Celui des hommes et celui de Dieu.

Сritique de cinéma
Silvio Soldini filme la passion à l’épreuve de la réalité dans «Cosa voglio di piu» et Xavier Beauvois livre un hymne à la tolérance et au partage dans «Des hommes et des dieux».

Silvio Soldini filme la passion à l’épreuve de la réalité dans «Cosa voglio di piu»
 
Interview
Domenico est un père de famille marié et Anna vit en principe heureuse entre son partenaire, ses amis et son boulot. Mais les deux succombent à une passion aussi soudaine que dévorante, avec tout ce qui peut l’exacerber ou la détruire. Mensonges, trahisons, rencontres furtives et frustrantes, rendez-vous clandestins dans un hôtel de passe. Sans oublier le tiraillement entre leurs responsabilités respectives et la volonté d’aller jusqu’au bout d’une situation à la fois exaltante et stressante, mais surtout inconnue jusqu’alors.
 
De passage à Genève, Silvio Soldini nous parle de ce nouveau long-métrage «Cosa voglio di piu» réalisé suite aux excellentes réactions provoquées par le précédent «Giorni e Nuvole», où il racontait le combat d’un couple face au chômage. «On me poussait à retourner quelque chose de proche de la réalité et j’ai alors cherché à la regarder différemment.»
 
Mais comment en êtes-vous arrivé à ce sujet brûlant?
J’ai rencontré une amie qui m’a parlé de ce moment de sa vie. Elle avait un amant, se sentait très amoureuse, mais aussi angoissée. Elle n’avait jamais vécu ça et ne savait pas trop quoi faire. Tout ça a commencé à tourner dans ma tête et j’ai alors écrit un scénario avec Doriana Leondeff et Angelo Carbone. C’était la première fois que je partais d’une vraie histoire.
 
Dans «Cosa voglio di piu», il y a la passion, bien sûr, mais également l’inégalité sociale dans la possibilité de la vivre, en raison du manque d’argent, de temps, de lieu pour s’aimer.
C’est vrai. C’est aussi ce que cette amie m’avait dit. Ils n’avaient pas le temps de se voir et en un an et demi, ils n’ont couché qu’une seule fois ensemble. Donc j’ai voulu continuer le discours sur la crise que j’avais entamé dans «Giorni e Nuvole», notamment quand on a du mal à nouer les deux bouts. Par exemple, j’ai regardé le prix des mortels sur Internet. J’en ai découvert beaucoup autour de Milan. Mais ce n’est vraiment pas aisé d’y entrer. On a même eu du mal à filmer juste à l’extérieur..
 
Puisqu’on parle de tournage, pourquoi Milan? Une envie de revenir dans votre ville natale?
Oui, il y avait de ça. C’était même la première fois depuis 1993. Mais surtout, j’avais besoin d’une ville importante, avec une grande banlieue, des centres commerciaux
 
Vous êtes assez proche du documentaire dans votre manière de filmer. En tant que spectateur, on a vraiment l’impression d’être à côté des personnages.
J’ai en effet essayé de raconter les choses comme si elles se déroulaient à l’instant devant la caméra. Je ne voulais pas qu’on voie la mise en scène.
 
Un mot sur les acteurs, principalement Anna Rohrwacher et Pierrancesco favino, les deux héros?
Le moteur c’est Anna et Alba n’était pas tout à fait conforme à l’idée que je me faisais de cette jeune femme de 30 ans forte et sensuelle. Mais si je l’ai finalement choisie c’est elle qui en est responsable. Elle voulait absolument le rôle.  Mais je lui ai fait prendre quelques kilos…Quant à Pierfrancesco Favino, c’était évident, tant ça a immédiatement collé entre nous.
 
Quand on s’était vu, il y a deux ans, vous pensiez très fortement à une comédie. Qu’en est-il de ce projet?
En bonne voie, même si je me suis laissé distraire de mon objectif! Il s’agit d’un film un peu fantastique, onirique. Un défi pour moi, car il évoque également la réalité, mais avec un autre regard, un autre point de vue.

Cosa voglio di piu, de Silvio Soldini, les Scala
 
 
Xavier Beauvois livre un hymne à la tolérance et au partage dans «Des hommes et des dieux»
Portrait

C’est un cinéaste rare, mais chez lui, la valeur n’a pas attendu le nombre de films. Avec seulement cinq longs métrages à son actif, Xavier Beauvois, 43  ans, également scénariste et comédien, s’est rapidement fait un nom dans le monde du cinéma.
 
En compétition à Cannes en 1995, ce passionné secret, taiseux, écorché vif et agressif à ses heures était déjà primé pour son deuxième film, N’oublie pas que tu vas mourir. Quinze ans après, comme un écho à ce titre où il racontait l’histoire d’un jeune séropositif choisissant de vivre au mépris de sa maladie, Xavier Beauvois raflait en mai dernier le Grand Prix du jury avec Des hommes et des dieux.
 
Dès aujourd’hui sur les écrans, il revient sur l’enlèvement puis l’exécution, au printemps 1996, en pleine guerre civile algérienne, de sept trappistes du monastère de Tibhirine. Un massacre d’abord attribué au Groupe islamique armé, puis à une bavure de l’armée algérienne destinée à discréditer les intégristes.
 
S’inspirant librement de la tragédie, sans prendre parti, l’affaire demeurant mystérieuse en dépit d’une action judiciaire en cours depuis 2003 en France, Beauvois s’attache surtout à décrire le quotidien de cette communauté cistercienne qui vit en harmonie avec ses frères musulmans et dont l’existence de ses membres est rythmée par la prière, les chants, les tâches quotidiennes, le travail de la terre et les soins prodigués aux malades. Le lieu sert en effet aussi de dispensaire pour la population locale.
 
Des vies données

Mais la violence gagne du terrain en raison du conflit entre l’armée algérienne et es islamistes terroristes. Beaucoup de civils sont assassinés et Les étrangers sont sommés de quitter le pays. Mais au risque d’être tués, les moines choisissent de rester, car leur vie, ils l’ont déjà donnée. «C’est la raison pour laquelle je m’’intéressais plus à ces hommes hors du commun, à leur engagement, à leur foi, qu’à la manière dont ils étaient morts», explique Xavier Beauvois. «Toute l’équipe en est tombée amoureuse. Nous avons été habités par eux pendant deux mois.»
 
A priori pourtant le thème de ce film, magnifiquement interprété, plus particulièrement par Michael Lonsdale et Lambert Wilson, se révélait aussi austère que casse-gueule. Cela n’a pas empêché Xavier Beauvois de se laisser aussitôt séduire par le scénario du producteur Etienne Comar qui le lui avait envoyé sous un faux nom pour éviter de l’influencer.
 
Porteurs d’un message universel

Le réalisateur se plonge alors corps et âme dans la vie de ces hommes, exemples de tolérance et porteurs d’un message universel. «Cela tombe bien au moment où on nous casse les couilles avec des trucs à la con sur la burqa qui concernent trois personnes», déclarait Xavier Beauvois, pas du genre à mâcher ses mots, lors de sa conférence de presse sur la Croisette.
 
Pour mieux documenter son travail, il est allé passer du temps chez les moines de l’abbaye de Tamié, en Haute-Savoie. «J’étais tapi comme une souris dans un coin, en essayant de comprendre ces gens dont la journée commence à 4  heures du matin.» Cette façon d’observer, de traquer le moindre détail est la marque de fabrique de ce fils d’un préparateur en pharmacie et d’une mère à la fois professeur de couture et conseillère municipale socialiste. Il ne traite rien à la légère, des ouvriers normands de Selon Matthieu aux flics parisiens dans Le petit lieutenant. Pour N’oublie pas que tu vas mourir, Xavier Beauvois était allé jusqu’à se faire arrêter par la police et à s’engager parmi les combattants de Mostar en Bosnie.
 
La découverte de sa vie

Jeune garçon, il s’ouvre au cinéma grâce à l’historien Jean Douchet, venu faire une conférence chez lui, à Calais. Dès lors, Xavier Beauvois s’accroche à ce qui va devenir sa raison d’exister. Lâchant le lycée en terminale, il monte à Paris et rencontre plein de gens. Recalé au concours de la Fémis, il décroche pourtant une bourse en cinéma et un poste de stagiaire chez Manoel de Oliveira. Puis chez André Téchiné, après avoir réalisé, à 19  ans, un court métrage carcéral, Le matou.
 
En 1991, il s’attelle au long et se donne le rôle principal dans Nord, chronique noire en partie autobiographique d’un adolescent déchiré entre l’alcoolisme d’un père et un désir incestueux pour la mère. Parallèlement à la mise en scène, il joue dans de nombreux films, dont les siens. On l’a ainsi vu chez Michel Deville, Jacques Doillon, Bernard-Henri Levy, Josée Dayan ou encore Benoît Jacquot.

Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois, Bio