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Laura Smet, fatale et manipulatrice

Сritique de cinéma
Interview de Laura Smet, vedette d’ «Insoupçonnable», un film qui se déroule à Genève.

«Je vais très bien. Je dois même avoir le don d’ubiquité, puisque j’étais au Festival d’Angoulême lorsqu’on a déclaré que j’avais eu un malaise…» Au téléphone, la voix joyeuse de Laura Smet contraste avec le ton dramatique des infos sur de nouveaux ennuis de santé. La fille de Nathalie Baye et Johnny Hallyday préfère en rire et évoquer Insoupçonnable.

Deuxième long-métrage de Gabriel Le Bomin, dès aujourd’hui sur les écrans, il raconte l’histoire de Lise et Sam, amants fusionnels qui ourdissent un complot pour piéger et dépouiller un veuf richissime. L’intrigue se déroule à Genève. «Même si ça caillait drôlement en novembre-décembre, j’ai aimé les gens, le lac, l’ambiance en général. Je me suis promenée dans les rues. C’est une jolie ville!»

Avant d’accepter votre rôle dans «Insoupçonnable», connaissiez-vous Gabriel Le Bomin?

Non, mais j’avais vu son premier film Les fragments d’Antonin. On s’est rencontré et il m’a plu. Il est droit, carré, sans ambiguïté, ne cherche pas la star mais quelqu’un d’adapté à ce qu’il veut.

Et qu’est-ce qui vous a le plus attirée dans le scénario?

Le fait de jouer trois Lise différentes. La fille de mon âge, qui me ressemble, la call-girl et celle qui devient une bourgeoise sophistiquée et superfringuée en se mariant. Un vrai caméléon, à la fois enfant, pute, maîtresse et femme fatale.

Comment entre-t-on dans la peau d’une telle manipulatrice?

J’ai demandé au réalisateur de me montrer des films traitant du sujet, pour piquer des détails. J’ai regardé Péché mortel, de John M Stahl, Laura d’Otto Preminger, ou encore Black Book de Paul Verhoeven. C’est ma manière habituelle de travailler. Je fréquente aussi des expositions. Et comme je vis dans le VIe, j’ai l’embarras du
choix.

Pour Gabriel Le Bomin, vous avez le visage des beautés des années 50. L’une d’elles vous inspire-t-elle particulièrement?

Mon héroïne personnelle, c’est Romy Schneider. J’ai vu tous ses films. Tenez, pendant que je vous parle, je regarde, en face de moi, une sublime photo d’elle en
noir et blanc tirée de Boccacio 70. J’ai été très heureuse et flattée de faire des photos pour Madame Figaro l’année dernière, inspirées de La Piscine.

Vous semblez vouée aux caractères sombres, torturés, à la dérive …

C’est vrai, alors que mes amis me traitent de clown et que je voudrais tant une belle comédie. Par exemple, je me suis beaucoup amusée dans L’heure zéro de Pascal Thomas. Je devrai toutefois patienter, parce que je vais encore tourner un film noir  aux côtés d’Isabelle Huppert et Gérard Depardieu. C’est un remake par Tonie Marshall de Voici le temps des assassins de Julien Duvivier, avec Jean Gabin. On commence le 15 octobre.

Dans «Insoupçonnable» vous naviguez entre la machination, le double-jeu, la trahison. Votre contraire en somme. C’est le métier, mais un rôle peut-il néanmoins se révéler perturbant?

Je mélange rarement profession et vie privée. Cela m’est pourtant arrivé. Par exemple dans Les Corps impatients, j’interprétais une fille cancéreuse. J’habitais alors chez ma mère et je débarquais chez elle avec un faux cathéter. Elle détestait. «Enlève-moi ça tout de suite», me disait-elle. Au début, on ne sait parfois plus trop qui on est.

Et maintenant?

Oui, je sais. Je suis simple et j’aime les choses simples. Je suis amoureuse, mais je ne vous dirai pas de qui. C’est peut-être l’âme-sœur. J’ai envie d’avoir des  enfants, sauf que je ne suis pas tout à fait prête. Pour l’instant, j’ai un chien qui exige beaucoup d’attention. Un Border Collie. Vous savez, comme celui qui se fait électrocuter dans Mary à tout prix.

Vous aviez le projet d’un film soit avec votre mère soit avec votre père. Voire avec chacun d’eux, séparément bien sûr. Qu’en est-il?

Projet est un grand mot. Pour l’instant, cela reste une grosse envie de jouer avec ma mère, à l’image de Lolita Chammah et Isabelle Huppert dans Copacabana. Avec papa également. Mais il faudrait trouver des trucs vraiment originaux, ainsi qu’un bon réalisateur. On cherche, on ne veut pas que cela soit juste un coup de pub.

En attendant, histoire de garder la forme, la jolie Laura Smet va se mettre au yoga. «J’adore les sports de relaxation, les massages.» Toujours adepte du bio, elle boit chaque matin, sorti du frigo, du thé vert, menthe et jasmin. «Cela me donne de l’énergie pour la journée!»  (Voir critique du film ci-dessous)

Insoupçonnable

Pas facile le film noir. Surtout si on tente de marcher sur les traces d’Otto Preminger ou de Fritz Lang. Gabriel Le Bomin s’y essaye avec Insoupçonnable.  S’inspirant d’un roman contemporain de Tanguy Viel, il transpose l’intrigue dans un milieu genevois de grands bourgeois, où se trament d’obscurs complots.

Amants se faisant passer pour frère et sœur, Sam et Lise projettent de piéger et voler un riche veuf, commissaire-priseur de son état. Une idée classique mais bonne doublée d’un début plutôt prometteur. Pourtant, entre machinations, double jeu et trahison sur fond de jalousie dévorante, le film ne tarde pas à se déliter jusqu’au dénouement inutilement confus.

L’interprétation laisse aussi à désirer. Si la délicieuse Laura Smet, se coulant dans trois femmes à la fois, illumine l’ensemble, il n’en va pas de même pour Charles Berling et Marc-André Grondin, censés se consumer de désir pour la fatale manipulatrice. Tandis que le premier assure à peine le minimum, le second se révèle chichement doté de deux expressions.

Reste le jet d’eau. Magnifiquement filmé, il est vrai.

Insoupçonnable, de Gabriel le Bomin, Pathé Rex

The Killer Inside Me

Le film le plus réussi inspiré de Jim Thompson ne vaudra sans doute jamais un  roman du génial auteur. On n’en demandait donc pas autant à Michael Winterbottom, qui vient d’adapter l’un de ses meilleurs thrillers, The Killer Inside Me (Le démon dans ma peau) et qui n’a pas à en rougir, bien au contraire.

L’histoire est celle de Lou Ford, shérif d’une bourgade texane, un jeune et beau type,  Apparemment bien sous tous rapports, c’est en en réalité une terrifiante et sadique brute sanguinaire, adorant frapper à mort les jeunes femmes, de préférence amoureuses de lui.

Dans ce film ‘d’une rare violence à ne pas mettre sous tous les yeux, le réalisateur,  s’attache à nous décrire minutieusement mais sans complaisance les agissements de ce monstre. Banalisant sa folie meurtrière, comme pour nous montrer qu’elle peut s’emparer de n’importe quel  citoyen banal. 

Avec sa voix douce et son accent texan traînant, Casey Affleck se révèle excellent dans le rôle de Lou Ford. Jessica Alba  et Ned Beatty complètent à merveille le casting.

The Killer Inside Me, de Michal Winterbottom, Pathé Rialto

Nothing Personal

Après avoir quitté sa Hollande natale en abandonnant tout, une jeune femme se retrouve avec un simple sac-à-dos dans la campagne irlandaise où elle erre sans but, recherchant des lieux de plus en plus isolés. Au détour d’une de ses promenades dans des paysages sauvages, cette marginale introvertie et écorchée vive tombe sur un ermite quinquagénaire amoureux de musique classique.

Il l’héberge en échange de menus travaux dans son jardin et sa maison. Elle accepte à condition qu’il garde ses distances. La relation entre une femme et un homme dont on ne sait rien se limite au strict minimum, du moins dans un premier temps.

Urszula Antoniak, réalisatrice d’origine polonaise mais travaillant aux Pays-Bas, explore de manière originale le thème de la solitude à travers deux personnages qui l’ont choisie, mais dont le goût qu’ils en ont va paradoxalement les rapprocher. Présenté en compétition l’an dernier à Locarno, le film avait obtenu le Léopard de la première œuvre, tandis que l’impétueuse rousse, Lotte Verbeek, décrochait le prix d’interprétation féminine. Il a également obtenu le prix du meilleur film hollandais de l’année. 

Nothing Personal, d’Urszula Antoniak, les Scala