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Viticulteurs suisse-romands à la conquête de l'Est

Expert en risk management
OU exporter avec succès les vins suisses en Russie

"Si l'Autriche a réussi, pourquoi pas nous !", c'est sur cet appel lancé par Christian Minacci de l'OSEC que s'ouvrit le séminaire organisé ces jours derniers à Morges sur les "Recettes pour exporter avec succès les vins suisses en Russie". Rassemblées autour de Dmitri Zhurkin, CEO d'une des principales sociétés de distribution de vin à St-Pétersbourg, les grandes caves de Suisse romande s'étaient donné rendez-vous pour entendre ce que la Russie avait à offrir en termes de débouchés pour les vins suisses. Exemple-phare de cette démarche, l'Autriche précisément, qui y rencontre un succès réjouissant. "La Suisse arrive tard sur ce marché, mais on ne peut pas dire non plus qu'elle arrive trop tard", a tenu à rassurer D. Zhurkin. Il faut dire à la décharge de nos viticulteurs que l'activité d'exportation ne représente pas une véritable priorité pour eux, puisque seul 2% des ventes est réalisé à l'étranger.

Pas tous très au fait des sévères règles du jeu dans les marchés d'exportation, et encore moins des spécificités du marché russe, nos viticulteurs eurent droit à ce qui pourrait s'apparenter à une douche froide. "En Russie, on ne sait pas que la Suisse produit du vin" a tenu d'emblée à préciser l'orateur du jour. La France, qui bénéficiait d'une position quasiment hégémonique à la fin de l'ère communiste, ne représente plus que 21% du marché en termes de valeur, "les pays de l'hémisphère sud progressent très rapidement". "Actuellement, on trouve tout ce que l'on veut à Moscou et à St-Pétersbourg. Consommer du vin est devenu un phénomène très à la mode et la connaissance du public s'est beaucoup améliorée". Pour les distributeurs locaux, le gros point noir demeure toutefois les nombreux obstacles administratifs qui vont de la certification du produit au périlleux processus de dédouanement. Après 2006 qui avait vu l'effondrement des importations de boissons alcoolisées en raison  de l'informatisation de l'étiquetage des bouteilles par les services douaniers, on s'attend au pire cette année avec l'avénement de l'Union douanière introduite à marche forcée par V. Poutine. La combinaison - TVA, droits de douane, frais de logistique, marges des intermédiaires, contrôles divers - voit le prix du produit multiplié au moins par trois. Pour Sébastien Ludy, responsable de l'export chez Provins, ce multiple "n'a rien d'exceptionnel s'agissant d'un pays émergent. Au Brésil, il est encore plus élevé. Il est important dans ces conditions de travailler sur l'exclusivité du produit et le label Made in Switzerland". Avouant qu'il s'était montré au départ un peu sceptique sur les vins suisses, D. Zhurkin reconnut qu'il avait été surpris en bien. Concernant le potentiel de croissance de la consommation en Russie, il est considérable si l'on considère que "le Russe consomme actuellement presque dix fois moins de vin que le citoyen européen". Face à ce tableau pas franchement enchanteur, certains membres de l'assistance tinrent à riposter en insistant sur la nécessité pour les vins suisses d'améliorer leur reconnaissance à l'étranger "afin que les touristes qui viennent chez nous connaissent nos vins et les consomment ici, mais aussi pour que la visibilité de nos produits sur le marché suisse soit améliorée à travers ce passage par l'étranger".

Autre approche, autre trajectoire celle de Renaud Burnier, viticulteur à Nant dans le Vully, mais aussi propriétaire-exploitant d'un vignoble de 50 hectares dans la région d'Anapa, non loin de la future ville olympique de Sotchi. Avec une superficie de 80'000 hectares cultivés durant l'époque soviétique, Anapa constitue la principale région de production de vin, malgré un fort redimensionnement intervenu à la suite des tentatives de Moscou de juguler dans les années '80 le problème de l'alcoolisme par la destruction d'une part importante des vignobles. Aujourd'hui la production renaît, mais elle doit faire fasse à un cruel manque de moyens et de savoir-faire. Pour R. Burnier et son épouse Marina d'origine russe, le projet a démarré en 1999. "Actuellement, nous sommes encore les seuls à produire du vin haut de gamme d'origine russe. Notre objectif est d'exporter 50% de notre production à l'étranger. Nous visons notamment la clientèle russe résidant hors du pays. L'année prochaine, nous atteindrons notre plein rendement, grâce notamment à une cave toute neuve construite d'ailleurs en collaboration avec différentes entreprises suisses. A terme, nous comptons produire entre 250 et 300'000 bouteilles". Le défi relevé par le vigneron vuillerain représente cependant un courageux pari sur l'avenir. Pour qui connaît les conditions réservées en Russie à ceux qui veulent "bâtir" quelque chose, les risques ne sont pas à minimiser. Ce n'est du reste pas un hasard si l'économie privée se montre pareillement obnubilée par tout ce qui tourne autour du retour sur investissement. Se projeter sur le long terme est peu compatible avec l'esprit du temps . Mais comme le relève Marina Burnier, "Pour nous, ce vignoble c'est le rêve de notre vie".